Les règlementations en sécurité alimentaire, comment s’y retrouver ?

À l’heure où la sécurité alimentaire est au cœur des préoccupations des consommateurs, des entreprises et des autorités, comprendre les règlementations qui encadrent ce secteur devient alors incontournable. Les normes alimentaires ne sont pas seulement des obligations légales : ce sont de véritables leviers de confiance, de durabilité et de compétitivité pour les acteurs du secteur agroalimentaire. 

Cet article de blog offre une analyse structurée des enjeux liés à la sécurité alimentaire, des principales règlementations en vigueur, ainsi que des bonnes pratiques pour les mettre en place efficacement au sein des entreprises. L’objectif est d’offrir une vision claire et opérationnelle, permettant aux professionnels de transformer ces contraintes règlementaires en opportunités de croissance et de différenciation

Sommaire

1. A quels enjeux principaux répondent les normes sanitaires ? 

2. Quelles sont les règlementations existantes qui garantissent la sécurité de nos aliments ? 

3. Comment mettre en œuvre ces règlements au sein d’une entreprise ? 

1. A quels enjeux principaux répondent les normes sanitaires ?

Des outils pour sécuriser la chaîne alimentaire

La sécurité alimentaire est un sujet très important qui permet de maintenir la confiance des consommateurs mais aussi de conserver une image de marque forte. En cas de scandales alimentaires, les conséquences sont nombreuses tant sur le plan économique qu’écologique.

Pour cette raison, des règlementations strictes et essentielles sont instaurées en sécurité alimentaire. Elles évoluent chaque année. Ces différents règlements ont pour objectif de garantir une bonne traçabilité, de la production à la distribution. En effet, tout au long de la chaîne alimentaire, des contaminations peuvent se produire et altérer les aliments qui devaient être commercialisés. Chaque acteur est donc responsable de la qualité des aliments qu’il met sur le marché, car la santé des consommateurs est en jeu.

Dans l’ultime but d’avoir une hygiène alimentaire fiable, des contrôles officiels sont effectués au sein des entreprises. Ils peuvent prendre la forme d’inspections régulières mais également de contrôles inopinés. Les résultats de ces expertises sont publiés sur des plateformes accessibles à tous, comme le site Alim’Confiance.

 
Prévenir les risques et renforcer la confiance

Les vérifications sanitaires sont primordiales afin de garantir des environnements sains et propices au bon développement des aliments. La mise en œuvre d’un système de management de la sécurité des aliments répond à des objectifs stratégiques et opérationnels. En garantissant la conformité aux exigences légales, l’organisation évite les sanctions mais renforce également sa crédibilité auprès des autorités et des consommateurs. Ce dispositif renforce la confiance des clients en garantissant la sécurité des produits et services, conformes aux standards en vigueur. En évaluant les attentes des clients et en réduisant les réclamations, l’entreprise améliore sa performance globale. Enfin, ce système constitue un levier puissant pour valoriser l’image de l’organisation et favorise l’amélioration continue des pratiques instaurées. Le suivi de l’hygiène alimentaire facilite la gestion des incidents avec les fournisseurs mais aussi avec les parties prenantes.

 

Une réponse ciblée aux pathogènes alimentaires

Il existe plusieurs types de pathogènes alimentaires. Leur présence dans notre alimentation peut avoir de graves conséquences. Les trois catégories majeures qui peuvent être identifiées sont : les bactéries, les parasites ainsi que les virus. La majorité des pathogènes concerne les bactéries.

Tableau des pathogènes alimentaires : quels risques et où les trouver ?

* : pour les populations à risque

En tête de liste pour les bactéries, la Salmonella est celle causant le plus de TIAC (toxi- infections alimentaires collectives. Escherichia coli STEC (présent dans les produits carnés mal cuits) et Bacillus cereus (associé aux plats à base de riz ou de pâtes) comptent également parmi les pathogènes les plus fréquents ou les plus graves.

2. Quelles sont les règlementations existantes qui garantissent la sécurité de nos aliments ?

 
Une coordination à l’échelle mondiale

Afin d’assurer la sécurité alimentaire à une dimension mondiale des règlementations ont été spécifiquement établies. Elles assurent une cohérence entre les différents pays.

Créé en 1963 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Codex Alimentarius constitue un ensemble de plus de 300 normes, directives et codes d’usage. Ce « code alimentaire » sert de référence mondiale en matière de sécurité sanitaire des aliments. Il guide les législations nationales et facilite les échanges internationaux en harmonisant les exigences de qualité et de contrôle. Le Codex peut s’appliquer à tous les acteurs de la chaîne alimentaire, tous secteurs confondus : produits laitiers, viandes, céréales, huiles, fruits …

Dans cette même logique, la norme ISO 22000 propose un système de management de la sécurité des denrées alimentaires applicable à toute organisation intervenant dans la chaîne alimentaire. Elle intègre les principes du plan HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) ainsi que les bonnes pratiques d’hygiène, et permet aux entreprises d’obtenir une certification reconnue mondialement, preuve de fiabilité et de conformité aux standards internationaux.

 

Le dispositif réglementaire européen

Tout comme à l’échelle mondiale, les réglementations européennes sont nombreuses et ont pour but de protéger la santé publique. Les législations sont robustes et harmonisées, afin de veiller à la conformité tout le long de la chaîne agroalimentaire, de la fourche à la fourchette.

Depuis 2006, le Paquet Hygiène a renforcé ses exigences en matière de traçabilité, d’hygiène et de contrôle officiel.  Il constitue le socle de la législation alimentaire dans l’Union Européenne à travers des règlements relatifs à l’hygiène des aliments destinés aux hommes et aux animaux. Les textes sont adaptés aux évolutions et aux enjeux technologiques et sanitaires. Ce cadre juridique est complété par des règlements spécifiques qui encadrent les critères microbiologiques, les denrées animales ou encore les aliments pour animaux.

Par ailleurs, la Commission européenne s’est engagée en faveur d’un futur budget en matière de sécurité alimentaire et d’une politique nutritionnelle cohérente et responsable, en lien avec les recommandations de l’EFSA (European Food Safety Authority). Grâce à cette approche, les Etats membres disposent d’un référentiel commun, ce qui favorise l’innovation et la transparence dans les pratiques individuelles. Cette autorité est l’équivalent européen de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Toujours dans une volonté de contribuer à la protection de la santé publique, les critères de sécurité sont harmonisés, notamment grâce à l’instauration du règlement CE2073/ 2005. Il définit les critères de sécurité et d’hygiène pour encadrer les méthodes d’échantillonnage et d’analyse ainsi que renforcer la qualité sanitaire en imposant plus de contrôles aux différents stades de production. Ce règlement fait preuve de précision, puisqu’il indique les seuils microbiologiques à respecter.

Quels sont les intérêts de ces lois à l'échelle nationale ?

En France, la règlementation s’appuie sur les textes européens, notamment le Paquet Hygiène, mais également sur des dispositions instaurées à l’échelle nationale.Les différents arrêtés ministériels précisent les règles applicables aux produits d’origines animales, aux commerces de détail ou encore au transport. Ils intègrent les marges d’adaptation prévues par le cadre européen.D’autres Codes existent, comme le Code rural ou de la pêche maritime qui renforcent le dispositif mis en place en imposant des formations obligatoires en hygiène alimentaire.Les professionnels du secteur se doivent de répondre à plusieurs exigences toutes aussi importantes : application des principes HACCP, traçabilité, déclaration ou agrément sanitaire et soumission à des contrôles réguliers par les autorités. Ces cadres fixés en Europe ont pour objectif de garantir la maîtrise des risques sanitaires de la production à la distribution.

3. Comment mettre en œuvre ces règlements au sein d'une entreprise ?

 
Des ressources et organismes pour accompagner les entreprises

Dans le but d’aider les entreprises à instaurer ces règlements, il existe des syndicats professionnels. Ces derniers accompagnent les sociétés dans l’élaboration des plans de maîtrise sanitaire, comme le plan HACCP. Chaque syndicat est créé en fonction du type de produit alimentaire, comme l’IFIP pour le porc ou l’ATLA pour la transformation laitière.

Les exploitants du secteur alimentaire sont encouragés à utiliser des guides de Bonnes Pratiques d’Hygiène (BPH). Ces guides, rédigés par des professionnels et validés par l’administration, ont pour vocation d’aider les industriels à la maîtrise de la sécurité sanitaire des produits et à respecter les obligations fixées par la réglementation. Ils définissent la fréquence de tests ainsi que les actions à mettre en place. Néanmoins, il revient à chaque entreprise d’adapter le guide BPH selon ses dangers et son procédé de fabrication.

Des organismes, comme le CTCPA (Centre Technique de la Conservation des Produits Agricoles), offrent un accompagnement précieux. Plus largement, ils contribuent à l’instauration d’un système de management de la qualité au sein des entreprises.

 

Le plan HACCP : un outil indispensable national de maîtrise des risques

Le plan HACCP est une méthode reconnue mondialement pour garantir la sécurité des aliments, et ce tout au long de la chaîne de production. Son approche préventive consiste à identifier, évaluer et maîtriser les dangers chimiques, biologiques et physiques. Les dangers concernent à la fois la sécurité alimentaire, l’hygiène alimentaire et l’hygiène des procédés qui sont susceptibles d’affecter les denrées alimentaires. Le plan HACCP permet de définir les points critiques de contrôle, de mettre en place des procédures de surveillance et des actions correctives en cas de nécessité. Les entreprises doivent se conformer aux exigences règlementaires via la mise en place de ce plan afin de garantir une production sûre et des produits sains pour les consommateurs.

Les 7 principes du plan HACCP sont l'analyse des dangers, la détermination des points critiques (CCP), la détermination des limites critiques des CCP, la mise en place d'un système de surveillance de ces points, l'élaboration des actions correctives, la vérification de l’efficacité du système HACCP et la constitution d'un système documentaire.

Les applications au service des petites entreprises et artisans

Le règlement (CE) n°852/2004, intégré au Paquet Hygiène, indique que les règles du système HACCP doivent être assez souples pour s’adapter à toutes situations, même dans les petites entreprises. Cette notion de souplesse est aussi nécessaire pour permettre le maintien des méthodes traditionnelles à tous les stades de la production (de la transformation à la distribution) et à l’égard des exigences structurelles imposées aux établissements. 

Des arrêtés ont été rédigés pour compléter et adapter ce règlement. Ils précisent son application dans le contexte français, notamment pour les petites entreprises et certaines activités spécifiques (artisanat).

  • Arrêté du 20 mai 2009 : précision des conditions d’hygiène et adaptation des exigences du règlement européen pour les rendre plus opérationnelles au contexte français
  • Arrêté du 7 novembre 2012 : mesure de simplification pour les petites structures et application du règlement CE n°852/2004

Par ailleurs, l’instruction technique DGAL/SDSSA/2018-924 définit les critères de détermination des établissements éligibles à des mesures de flexibilité et des lignes directrices en matière de mise en œuvre de cette flexibilité au niveau du plan de maîtrise sanitaire.

Conclusion : Vers une alimentation plus sûre et responsable ?

La sécurité alimentaire ne doit pas être perçue uniquement comme une contrainte règlementaire mais comme un véritable pilier de confiance et de responsabilité. En intégrant les normes sanitaires dans leurs pratiques, les entreprises agroalimentaires contribuent non seulement à protéger les consommateurs, mais aussi à renforcer leur propre crédibilité et leur compétitivité. Au-delà du respects des obligations, ces démarches ouvrent la voie à une alimentation plus sûre, plus transparente et plus respectueuse de l’environnement. C’est en transformant les exigences règlementaires en leviers d’innovation et de durabilité que l’agroalimentaire pourra relever les défis de demain et répondre aux attentes croissantes.

1- Avant-Garde Conseil. (s.d.). 5 pathogènes alimentaires à connaître. https://avantgardeconseil.fr/restauration-artisanat-service/pathogenes-v1/

2- European Commission. (2024, 22 avril). Guidance platform – Food hygiene. https://food.ec.europa.eu/food-safety/biological-safety/food-hygiene/guidance-platform_en

3- European Union. (s.d.). Sécurité alimentaire – Action de l’UE. https://european-union.europa.eu/priorities-and-actions/actions-topic/food-safety_fr

4- FAO & OMS. (s.d.). Codex Alimentarius FAO‑WHO. https://www.fao.org/fao-who-codexalimentarius/fr/

5- FAO & OMS. (s.d.). Principes généraux d’hygiène alimentaire (CXC 1‑1969) (CA1176FR).    https://www.fao.org/fileadmin/user_upload/codexalimentarius/images/Publications/CA1176FR.pdf

6- Gouvernement français. (2009, 20 mai). Arrêté du 20 mai 2009 relatif aux dérogations à certaines règles sanitaires applicables aux produits d’origine animale et aux denrées alimentaires en contenant présentant des caractéristiques traditionnelles. Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000020719447

7- Gouvernement français. (2012, 7 novembre). Arrêté du 7 novembre 2012 relatif aux règles sanitaires applicables aux produits laitiers présentant des caractéristiques traditionnelles. Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000026601296

8- ISO. (s.d.). ISO 22000 — Management de la sécurité des denrées alimentaires. https://www.iso.org/fr/iso-22000-food-safety-management.html

9- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. (s.d.-a). Guides de Bonnes Pratiques d’Hygiène (GBPH). https://agriculture.gouv.fr/guides-de-bonnes-pratiques-dhygiene-gbph

10- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. (s.d.-b). La réglementation sur l’hygiène des aliments. https://agriculture.gouv.fr/la-reglementation-sur-lhygiene-des-aliments

11- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. (2018). Instruction technique DGAL/SDSSA/2018‑924 (info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo‑agri/instruction‑2018‑924).  https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2018-924

12- Norme-HACCP. (s.d.). La protection du consommateur : enjeux des denrées alimentaires. https://www.norme-haccp.com/la-protection-du-consommateur-vis-a-vis-des-denrees-alimentaires-un-enjeu-collectif/

13- World Innovation. (s.d.). Cadre complet des normes de l’industrie alimentaire. https://innovation.world/fr/normes-de-lindustrie-alimentaire/

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